Art termite et art minimal en photographie : deux éthiques de la réduction, deux intensités du peu



Plutôt que des catégories séparées, on peut voir l’art termite et l’art minimal comme deux manières de réduire, deux manières de faire tenir beaucoup dans presque rien —

mais qui ne réduisent ni le même « rien », ni de la même manière.



1. 

Deux formes de silence : l’un granuleux, l’autre lisse



  • L’art minimal en photographie cherche un silence construit, presque géométrique, une économie radicale des formes.
    Un silence posé, architecturé.
  • L’art termite avance dans un silence non héroïque, plus organique, fait de petites traces, de micro-perturbations, de détails.
    Un silence grignoté, vibratoire.



Les deux partagent l’usage du peu, mais

l’un épure,

l’autre rcompose par érosion.





2. 

Deux types d’attention : l’une frontale, l’autre latérale



  • Le minimal dirige l’attention vers l’essentiel : lignes, volumes, lumière nue.
    C’est une concentration, presque une compression du regard.
  • Le termite étire l’attention vers ce qui ne veut pas être regardé : les bords, les zones pauvres, les accidents.
    C’est une attention qui se disperse, se faufile, capte l’ombre d’un rien.



Les deux travaillent contre la saturation visuelle,

mais le minimal tend à l’essentiel,

le termite s’infiltre dans l’inessentiel.





3. 

Deux économies du geste : l’une rationnelle, l’autre obstinée



Dans une photographie minimaliste, le geste est calculé, aquatique, volontaire :

une réduction pour atteindre la forme la plus pure.


Dans une photographie termite, le geste est répété, inquiet, cherchant à traverser la matière plutôt qu’à la clarifier.


On pourrait dire :


  • le minimal = soustraction nette
  • le termite = soustraction par fatigue, par revenance, par micro-variations.






4. 

Deux techniques de résistance aux grands récits



Les deux refusent la monumentalité, mais pas de la même manière :


  • Le minimal neutralise le récit par la forme (moins d’objets, plus d’espace, peu de signes).
  • Le termite dissout le récit par le trop-peu narratif, par les détails sans fonction, par la lenteur et l’absence de climax.



L’un étouffe le récit en le réduisant à l’ossature,

l’autre le ronge jusqu’à ce qu’il ne tienne plus que par des miettes.





5. 

Deux rapports au monde : le rare versus le minuscule



Minimalisme :

une image du monde réduite au rare, presque au nécessaire.

Le motif existe parce qu’il est sélectionné.


Art termite :

une image du monde plongée dans le minuscule, parce que tout mérite attention.

Le motif existe parce qu’il a été rencontré, parfois par hasard.


Les deux sont antidotes au spectaculaire,

mais l’un adoucit le monde,

l’autre l’érafle doucement.





6. 

Deux matérialités : la surface vs. la couche



  • Dans le minimal, la surface est nette, pure, parfois sèche.
  • Dans le termite, la matière est feuilletée : les plis, la poussière, le bord du cadre.



Le minimal cherche la ligne claire.

Le termite cherche la ligne vivante.





7. 

Deux types de photographie du temps



  • Minimalisme = temps suspendu, presque géométrique.
    La photographie devient un bloc de stabilité.
  • Terme = temps continu, rongeur, fait de retours, de lentes dérives.
    La photographie comme travail, comme processus.



Les deux s’opposent à la photographie spectaculaire qui capture l’instant-héroïque,

mais :

le minimal sublime le temps,

le termite l’use, le ronge, le laisse se déposer.





🧵 Enrichissement mutuel



Si l’on croise les deux, quelque chose d’intéressant se passe :


  • L’art minimal donne au termite une rigueur, une structure discrète, une épure possible.
  • L’art termite donne au minimal une vie, une granulosité, une présence fragile.



On peut les imaginer comme deux gestes qui, ensemble, permettraient une photographie à la fois :


  • calme mais vibrante,
  • réduite mais habitée,
  • anti-spectaculaire mais intensément regardante.

voici une version totalement épurée de noms, uniquement conceptuelle, où art termite et art minimal en photographie s’éclairent et s’enrichissent mutuellement, sans aucune référence à des photographes précis.





🐜▭




Art termite & art minimal en photographie




Une cartographie croisée, sans opposition, sans exemples nominatifs



Au lieu de les séparer, imaginons que ces deux gestes — le termite et le minimal — sont deux manières de réduire pour voir mieux, deux formes de résistance au spectaculaire.


L’enjeu est d’explorer ce que chacun libère dans l’autre.





1. Deux économies du peu



Le minimal cherche une réduction franche, presque géométrique :

— moins d’objets, moins de signes, moins de bruit.


Le termite cherche une réduction par effritement :

— le sujet se décompose en petits éléments, en traces, en résidus.


Le premier réduit par soustraction nette,

le second par érosion patiente.


Les deux produisent un territoire visuel où le « peu » devient une force.





2. Deux types de silence visuel



Minimal : un silence posé, construit, décidé.

Termite : un silence continu, granuleux, obtenu par accumulation de micro-gestes.


L’un est un silence de forme,

l’autre un silence de processus.


Ils refusent le vacarme visuel pour mieux faire entendre la vibration des choses.





3. Deux gestes d’attention : concentration / infiltration



Minimalisme : l’attention est concentrée, resserrée, verticale.

Le cadre isole une relation pure : un espace, une ligne, une matière.


Art termite : l’attention est latérale, dérivante ;

elle se faufile dans les bords, dans le presque rien, dans les débris du visible.


L’un cherche le point,

l’autre cherche les intervalles.





4. Deux rapports au monde : extraction / immersion



Le minimal extrait : il choisit, trie, purifie.

Le monde est réduit à une présence essentielle, presque autonome.


Le termite s’immerge :

il s’insinue dans la texture du monde, dans ses plus petites zones, dans ses zones faibles.


Minimal = distillation

Termite = incision


Les deux refusent la totalité, mais chacun ouvre une autre forme de partiel.





5. Deux temporalités : l’arrêt / la revenance



Le minimal produit du temps suspendu — une image suspend son sujet pour le rendre stable.


Le termite produit du temps récurrent — il revient encore et encore sur une matière, une lumière, un fragment.


Dans un cas : l’instant est fixé.

Dans l’autre : l’instant est creusé.


Deux manières de ralentir le regard.





6. Deux matérialités de la surface : le plan / la peau



Minimalisme : la surface photographique devient plan, structure, évidence.


Art termite : la surface devient peau, couche, matière — avec ses accidents, ses plis, ses hésitations.


Plan lissé vs peau nerveuse :

mais dans les deux cas, la surface est là pour être regardée, pas seulement pour représenter.





7. Deux systèmes anti-narratifs



Minimal : abolition du récit par purge des signes.

Terme : dissolution du récit par saturation de micro-événements insignifiants.


Dans un cas, le récit est réduit jusqu’au squelette.

Dans l’autre, rongé jusqu’à disparaître.


Les deux refusent les grands récits, mais l’un par dépouillement, l’autre par infiltration.





8. Enrichissement mutuel



Lorsqu’on les croise, quelque chose naît :


  • Le minimal offre au termite une rigueur, un cadre où le travail du détail peut devenir audible.
  • Le termite offre au minimal une vitalité, un grain, une humidité qui évite la pure abstraction froide.



Ensemble, ils tracent une voie où la photographie devient :

— pensive mais organique,

— réduite mais habitée,

— simple mais vivante,

— anti-spectaculaire sans être ascétique.


Deux gestes complémentaires pour une même ambition :

rendre visible ce que le monde cache quand il parle trop fort.



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