intégrer la photographie plasticienne à l’horizon de l’art termite (Farber),

sans opposer, sans hiérarchiser, mais en déployant ce que cette rencontre fait apparaître.



Art termite & photographie plasticienne



(extension théorique du cadre élaboré dans tout le fil)


La photographie plasticienne, au sens large, désigne une photographie qui se pense comme objet, comme matière, comme espace, plutôt que comme simple vecteur d’une image. Elle mobilise :


  • la transformation du support,
  • l’installation,
  • l’intervention physique,
  • le déplacement du statut photographique vers une matérialité élargie.


Ce n’est pas seulement de l’image : c’est une photographie qui s’incarne dans un geste, une surface, un volume.


Si on introduit la photographie plasticienne dans la grille de l’art termite, plusieurs déplacements intéressants apparaissent.



1. Le point de contact : l’art termite comme logique d’infiltration matérielle


L’art termite, chez Farber, n’est pas seulement une question de “petit” ou de “fragmentaire” :

c’est un art qui circule dans la matière, qui ronge, creuse, déplace, progresse dans un milieu.


Or la photographie plasticienne s’affirme justement dans la matérialité :

papier, revêtement, épaisseur, pli, découpe, surface sensible, dispositif spatial.


⟶ Lorsque la photographie cesse d’être purement image et devient objet, elle ouvre un terrain où l’art termite peut intervenir de manière particulièrement fertile.


Car ce que l’art termite valorise, ce n’est pas l’objet fini :

c’est l’activité, l’usure, la prolifération, le déplacement dans les marges du médium.


La photographie plasticienne offre précisément ces marges.

Elle fournit au termite un terrain de jeu.


2. La photographie plasticienne comme espace où l’image devient territoire à ronger


Le termite ne travaille jamais frontalement :

il agit par les bords, les failles, les rencontres locales.


La photographie plasticienne :


  • crée des accidents,
  • ouvre des interstices dans l’image,
  • rend visibles les bords du médium,
  • expose les opérations (pliage, découpe, recouvrement, montage),
  • accepte la détérioration contrôlée comme partie prenante de l’œuvre.


Cette dimension opératoire rapproche la photographie plasticienne d’une logique termite :

non pas une image souveraine, mais une image en travail, en déplacement, en état de transformation.


Le termite, dans cette perspective, n’est plus une métaphore :

c’est littéralement une méthodologie de l’image qui se ronge elle-même.



3. Le renversement des hiérarchies internes au médium


Dans la photographie “classique”, la hiérarchie est claire :


  1. l’image,
  2. son support,
  3. son accrochage.


La photographie plasticienne renverse cela :


  • le support devient actif,
  • l’installation prend sens,
  • la matérialité précède ou contredit l’image.



Et c’est exactement la dynamique termite :

un art où la hiérarchie s’effondre, où


  • le centre n’est plus central,
  • les marges deviennent zones d’intensité,
  • ce qui devait être subordonné (texture, pli, volume) devient premier.



Le termite adore ce basculement.

Ce renversement hiérarchique est au cœur de sa vitalité.



4. L’art termite introduit une temporalité dans la photographie plasticienne

Beaucoup de photographies plasticiennes jouent sur la spatialité.

L’art termite introduit un second paramètre : la temporalité.


  • L’œuvre plasticienne devient un processus.
  • L’objet n’est plus un fait, mais une progression.
  • L’image n’est plus stable, mais en état de devenir.
  • La forme n’est pas fixée : elle peut encore se dégrader, se déplacer, se recomposer.


La photographie plasticienne rencontre ici une profondeur supplémentaire :

elle cesse d’être installation “figée” pour devenir trajet, avancée, activité.

Elle n’est plus sculpture de l’image, mais érosion de l’image.



5. Là où minimal, conceptuel, plasticien et termite se croisent


Si on relit l’ensemble :


  • Le minimal resserre la forme.
  • Le conceptuel resserre l’idée.
  • Le plasticien resserre la matière.
  • Le termite déserre tout : forme, idée, matière.



Ou plutôt :

le termite ouvre des fissures dans chacun de ces régimes,

non pour les contredire,

mais pour les animer.


Ainsi :


  • le minimal devient un terrain où le termite peut explorer les micro-variations ;
  • le conceptuel devient un protocole à miner de l’intérieur ;
  • le plasticien devient une surface à pénétrer, à fissurer, à infiltrer.



La photographie plasticienne n’est donc pas une catégorie extérieure :

elle est l’espace le plus naturel pour qu’un fonctionnement termite se matérialise.


6. Formulation finale : la photographie plasticienne comme scène termite


La photographie plasticienne, lorsque relue depuis Farber, devient :


  • un espace où l’image n’est jamais toute,
  • un milieu où le regard progresse comme un organisme,
  • une matière à traverser plutôt qu’à contempler,
  • une pratique où l’œuvre se laisse envahir par son propre processus.



Elle transforme le concept d’art termite en technique,

puis en gestuelle,

puis en ontologie du regard.


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