Conflit israélo-palestinien : à Marseille, un collectif local appelle au boycott de l’auteur de BD Joann Sfar


«Sioniste, hors de notre ville !», peut-on lire dans une publication Instagram signée du collectif marseillais Culture en lutte 13 et publiée lundi 25 mai. Le poste fait référence à la venue du dessinateur juif Joann Sfar dans le cadre du festival de bande dessinée «Oh les beaux jours !», programmé à Marseille du 26 au 31 mai. Soutenu par les organisateurs, l’artiste devrait tout de même répondre présent pour échanger autour de son nouvel ouvrage, qui rassemble les témoignages de Palestiniens de Cisjordanie et d’Israël où l’auteur de BD s’est rendu.

«Depuis le 7 octobre 2023, Joann Sfar s’est imposé comme l’un des relais médiatiques francophones les plus actifs d’un discours visant à relativiser les crimes commis par l’Etat israélien contre le peuple palestinien», s’est insurgé le collectif dans son communiqué. Il lui reproche notamment d’avoir signé, aux côtés de représentants d’organisations juives ou de personnalités comme Charlotte Gainsbourg ou Raphaël Enthoven, en septembre, une tribune demandant de ne pas reconnaître l’Etat palestinien tant que les otages israéliens détenus par le Hamas n’étaient pas libérés et le mouvement démantelé. 

Pour Culture en lutte 13, qui rassemble divers acteurs culturels de Marseille suivant, selon ses termes, une ligne «antifasciste, anticapitaliste, intersectionnelle et intersectorielle», la venue du bédéiste «ne peut être considérée comme neutre dans le contexte actuel». Le collectif demande au festival de «retirer Joann Sfar de sa programmation ou d’inviter en débat, en préambule ou en conclusion de cette rencontre un groupe antiraciste, anticoloniale et pro-palestinien». Il appelle également les Marseillais à boycotter l’événement et à se rassembler ce vendredi à 20 heures devant le Théâtre de la Criée.

L’auteur du tourmenté Que faire des Juifs ? (Les Arènes, 2025), invité à présenter en musique son nouvel ouvrage Terre de sang dans la salle de spectacle du Vieux-Port, ne s’attendait pas à une telle réaction. Depuis la polémique, il a publié une série de dessins sur ses réseaux et s’agace dans l’un d’eux : «Ceux qui me voient dans le camp de la guerre n’ont jamais lu mes livres.»

«Aucun propos raciste ou fasciste»

«Nous pensons qu’il est essentiel que des artistes puissent encore aujourd’hui exprimer des paroles complexes, contradictoires, parfois inconfortables, sans que la programmation d’une œuvre soit immédiatement assimilée à une adhésion totale à chacune des prises de position publiques de son auteur», s’est quant à elle défendue l’association organisatrice du festival, Des livres comme des idées, citée par le Figaro mercredi 27 mai. L’œuvre avait déjà été présentée en février et mars – sans agitation et sur fond de jazz manouche – à Paris, à l’Institut du monde arabe et à la Maison de la poésie.

L’Observatoire de la liberté de création, faisant part vendredi dans un communiqué de son «entier soutien» au dessinateur et au festival, a tenu à rappeler «qu’aucun artiste ne doit être visé, empêché ou censuré en raison de ses opinions réelles ou supposées, de ses origines ou de sa religion».

Le maire de Marseille, Benoît Payan (divers gauche) a aussi défendu l’artiste et, cité par le Point, a assuré que «la violence et les messages de haine ne sont pas les bienvenus à Marseille».

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi, a réagi sur X mercredi 27 mai, qualifiant le dessinateur, tout autant que la DJ Barbara Butch, de «voix résolument pacifistes concernant le Proche-Orient», victimes d’«intimidations antisémites».

Cette polémique intervient alors que, quelques jours plus tôt, le Crif Marseille-Provence a perturbé un colloque dédié à Gaza, réunissant artistes et chercheurs en marge d’une exposition d’artistes gazaouis. L’événement, qui a malgré tout eu lieu jeudi 21 mai au Mucem dans un contexte tendu (le musée a dû un temps fermer ses portes pour des raisons de sécurité), était programmé dans le cadre de la Saison méditerranée 2026 visant à renforcer les liens diplomatiques de la France avec les pays de la région.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.

(...)

pour mémoire là et là , (sur l'appel ignoble au boycott du Fid) et aussi là et là ,  pour Joann Sfar, ça m'avait échappé, et encor...