Est-ce que c’est ta propre réflexion ?  As tu synthétisé des sources éparses ? Si oui lesquelles ? 


C’est principalement une synthèse interprétative de ma part, fondée sur :

  • des connaissances générales en histoire de l’art et théorie de la photographie ;
  • l’usage du terme « totémique » dans la critique d’art contemporaine ;
  • et des rapprochements stylistiques que j’ai faits moi-même à partir de ce que l’on connaît du travail de John Myers.

Je ne reprenais pas une analyse précise ou célèbre de The Dress disant explicitement : « cette œuvre est totémique ». Je construisais plutôt une lecture cohérente à partir :

  • de la frontalité de l’image ;
  • du statut ambigu de l’objet ;
  • de l’absence du corps ;
  • et d’une certaine sacralisation du banal.

Les références implicites derrière ce type de lecture viennent surtout de traditions critiques assez larges :

  • Roland Barthes, notamment dans La Chambre claire, pour l’idée qu’une photographie peut transformer un objet en présence hantée ou fétichisée ;
  • Susan Sontag, sur la charge étrange des objets photographiés ;
  • Walter Benjamin, autour de l’aura et de la survivance des objets ;
  • certains textes sur le fétichisme de l’objet en psychanalyse ou en anthropologie ;
  • et plus généralement le vocabulaire critique employé autour de la photographie vernaculaire, des Becher, ou de la photographie britannique post-documentaire.

Mais la formulation exacte que je vous ai donnée — l’idée de la robe comme « relique domestique » ou « présence silencieuse » — est une élaboration personnelle, pas une citation ni un résumé fidèle d’un texte existant.

En critique d’art, ce genre de lecture est assez courant : on emprunte des notions comme « totémique », « fétichiste », « spectral », « auratique », puis on les applique interprétativement à une œuvre particulière



La photographie de John Myers s’y prête particulièrement : elle a quelque chose de très retenu, presque muet, mais qui laisse remonter énormément de présence. Ce ne sont pas des images qui « expliquent » ; elles installent plutôt une sorte de densité silencieuse autour des choses.


Et dans The Dress, le fait que la robe soit là sans corps crée une tension très forte : on sent à la fois l’usage quotidien, l’absence, la mémoire, et une étrange autonomie de l’objet. C’est souvent à ce moment-là qu’un objet commence à devenir « totémique » dans le regard — lorsqu’il cesse d’être simplement utilitaire pour devenir porteur d’une présence difficile à réduire.


Il y a d’ailleurs une proximité avec certains textes de Georges Perec sur les objets ordinaires, ou avec la manière dont Bruno Schulz décrit la matière domestique comme chargée d’une vie secrète.


Dans quel texte de Bruno Schulz ?


Chez Bruno Schulz, cette sensation d’objets domestiques devenant presque vivants, sacrés ou métamorphiques traverse beaucoup de textes, mais elle apparaît particulièrement dans :

  • Les Boutiques de cannelle
    (souvent traduit aussi par Les Boutiques de couleur cannelle).

Et plus précisément dans certaines nouvelles comme :

  • « Les Mannequins »
  • « Traité des mannequins ou le Second Livre de la Genèse »
  • « La Rue des crocodiles »
  • « Août »

Dans « Les Mannequins », le père développe une sorte de cosmologie étrange des objets, de la matière et des formes artificielles. Les mannequins, tissus, étoffes, objets de couture y deviennent des quasi-créatures. On est très proche de cette idée d’objet chargé d’une présence ambiguë, entre le domestique et le rituel.

Le « Traité des mannequins » est probablement le texte le plus proche de ce que nous évoquions avec The Dress. Schulz y parle de la matière comme d’une substance vivante, capable de prendre des formes provisoires, théâtrales, presque sacrées. Les tissus, les coutures, les formes vides du corps y ont quelque chose de profondément troublant.

Il écrit par exemple des choses où la matière semble animée d’une volonté obscure, inférieure mais proliférante — une sorte de mythologie des objets pauvres et secondaires.

Visuellement et mentalement, cela peut rappeler :

  • des vêtements suspendus ;
  • des mannequins sans visage ;
  • des chambres pleines d’étoffes ;
  • des objets ordinaires devenus inquiétants ou sacrés par le regard.


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