La venue de Joann Sfar au festival Oh les beaux jours ! à Marseille visée par un appel au boycott

Le collectif Culture en lutte 13 à l’origine de cette demande accuse l’auteur de BD d’être « un relais médiatique » de la politique israélienne. 


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« On est en train de dire à un artiste français qui vient de passer deux ans à Naplouse et Ramallah pour faire entendre des voix palestiniennes qu’il n’a pas le droit de se rendre à Marseille pour donner un putain de concert ? » Joann Sfar, dont la dernière bande dessinée, Terre de sang, le temps du désespoir (Les Arènes, 39 euros) – plus de 600 pages d’un récit documentaire recueilli notamment en Cisjordanie –, est sortie en début d’année, entend bien se rendre au théâtre de La Criée vendredi 29 mai. Programmé pour la 10e édition du festival littéraire Oh les beaux jours !, qui se tient jusqu’au dimanche 31 mai, il doit donner, avec trois musiciens, un concert dessiné. Un spectacle de jazz manouche déjà présenté, sans remous, à l’Institut du monde arabe et à la Maison de la poésie à Paris.

A Marseille, la venue de l’auteur de BD se voit précédée d’une polémique née et amplifiée sur les réseaux sociaux. Lundi 25 mai, un message du collectif Cultures en lutte 13 sur son compte Instagram a appelé au boycott de l’événement et demandé au festival d’annuler l’invitation. Sous le slogan « Sionistes hors de nos villes » sur fond de couleurs du drapeau palestinien, le long texte présente Joann Sfar comme « un relais médiatique francophone les plus actif d’un discours visant à relativiser les crimes commis par l’Etat israélien contre le peuple palestinien ».

Le dessinateur est également accusé « d’utiliser une rhétorique qui contribue à rendre acceptable la poursuite de la politique coloniale et génocidaire israélienne ». A l’appui de leurs affirmations, les auteurs anonymes de l’appel renvoient à certaines déclarations de Joann Sfar et à sa participation à la tribune, signée par 20 artistes en septembre 2025, demandant au président de la République, Emmanuel Macron, de ne pas reconnaître l’Etat palestinien tant que des otages israéliens seraient retenus par le Hamas.

« Exigence de pluralité »

« Il suffit d’ouvrir un de mes livres pour savoir de quel côté je me situe. Celui de la paix », répond Joann Sfar, joint par Le Monde« Je suis un des seuls artistes français à avoir passé du temps dans les villages palestiniens. Je n’y ai jamais été mal reçu. Evidemment que ce qui se passe là-bas est un cauchemar mais je suis là pour raconter ce que j’y ai vu », poursuit l’auteur, qui se dit lassé de « devoir [se] justifier ».

Au festival Oh les beaux jours !, la violence de l’appel au boycott choque. « Pas grand monde ne semble avoir lu Terre de Sang, sinon, on ne ferait pas ce procès à Joann Sfar », regrette la directrice, Fabienne Pavia. L’équipe, qui organise également à Marseille les Nouvelles Rencontres d’Averroès, historique espace de débats sur les grandes questions méditerranéennes, dont les rapports entre Israël et la Palestine, a reçu il y a une quinzaine de jours un premier e-mail de Cultures en Lutte 13. « On y a répondu avec nos arguments », explique Fabienne Pavia.


Au festival, on rappelle que la programmation d’une œuvre ne doit pas être « immédiatement assimilée à une adhésion totale à chacune des prises de position publique de l’auteur » et on met en avant une « exigence de pluralité ». Jeudi 28 mai, c’est l’actrice palestinienne Hiam Abbass qui est l’invitée majeure. Sans présumer de l’ampleur de la mobilisation, le festival a toutefois alerté la préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône, Corinne Simon. Un dispositif spécifique de sécurité devrait être mis en place.

Vague d’indignations sur les réseaux sociaux

Qui est exactement derrière cet appel au boycott ? Les contours du collectif Cultures en lutte 13 sont difficiles à définir. Né au moment de la réforme des retraites sous forme d’intersyndicale réunissant les principales organisations du secteur, il agrège désormais de manière informelle plusieurs centaines de personnes de la région marseillaise – « artistes, auteurs, intermittents mais aussi quelques salariés de structures », explique un de ses membres actifs – et se définit comme « antifasciste, anticapitaliste, intersectionnelle et intersectorielle ». L’idée du boycott n’est toutefois pas partagée par tous les syndicats qui ont donné naissance au collectif. Ainsi la CGT-Spectacles n’en est pas signataire, assure sa responsable à Marseille, Magali Braconnot.

L’appel a parallèlement suscité une vague d’indignations sur les réseaux sociaux, à l’instar de la réaction de l’ex-sénateur socialiste de Paris David Assouline dénonçant, sur X, « une chasse aux juifs ». Le maire de Marseille, Benoît Payan, (divers gauche), et la maire du 1er secteur, Sophie Camard (Gauche républicaine et socialiste), ont apporté leur soutien au festival et à l’artiste. « Ce sont des messages de haine qui ne sont pas les bienvenus à Marseille », affirme Benoît Payan. Le Conseil représentatif des institutions juives de France Marseille-Provence dénonce de son côté « une stigmatisation totale » visant « un artiste juif, attaché à Israël, que l’on voudrait exclure symboliquement de l’espace culturel marseillais ».

Une semaine plus tôt, le même conseil représentatif des institutions juives de Marseille a, lui aussi, lancé un appel à manifester contre une manifestation culturelle. Il dénonçait la tenue de deux journées de débats intitulées « Faire face à l’anéantissement de Gaza » dans le cadre très officiel de la saison Méditerranée. Sur le parvis du Musée des civilisations d’Europe et de la Méditerranée, quelques dizaines de personnes s’étaient alors fait face dans un climat tendu.

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