Le cinéaste israélien Nadav Lapid, visé par une polémique, renonce à participer au festival FID Marseille

Plusieurs cinéastes avaient décidé de retirer leur film de la manifestation prévue en juillet pour protester contre la présence du réalisateur. 

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Visé par une polémique, le cinéaste israélien Nadav Lapid ne sera finalement pas présent au FID Marseille, le festival international de cinéma, qui se tient du 7 au 12 juillet. Selon la direction de l’événement, plusieurs réalisateurs qui devaient participer au FID, favorables au boycott culturel d’Israël, ont retiré leur film de la sélection pour protester contre la présence du cinéaste, et créé une vive tension autour du festival.

Le cas Lapid intervient quelques jours après la polémique entourant la venue du dessinateur Joann Sfar au théâtre de La Criée, autre épisode de frictions croissantes qui traversent aujourd’hui le monde culturel autour de la guerre à Gaza.

Le cinéaste israélien, qui n’a jamais caché son hostilité envers le gouvernement Nétanyahou, exilé en France depuis 2021 et réalisateur du film Oui (2025), violent réquisitoire contre la radicalisation de la société israélienne contemporaine, avait été convié, dans un premier temps, à participer au jury, précise Tsveta Dobreva, directrice du FID. « On avait invité Nadav Lapid uniquement par respect pour son cinéma, dit-elle. C’est le seul critère au FID. Puis j’ai commencé à recevoir des appels demandant sa désinvitation. Au début, je ne réagissais pas, parce que j’assumais complètement. Mais les pressions continuaient et elles se sont aggravées. »

Une autre formule est alors envisagée, où le cinéaste viendrait simplement présenter son premier long-métrage, Le Policier (2011), la projection devant être suivie d’une discussion et d’une signature. « Au moment où on finalisait notre sélection, juste avant le Festival de Cannes, un appel au boycott du FID a été diffusé, poursuit Tsveta Dobreva. Des cinéastes sélectionnés ont commencé à retirer leurs films, au final une petite dizaine d’entre eux»

« Stratégie d’intimidation »

Nadav Lapid, qui dit avoir consenti à se retirer pour ne pas mettre en difficulté le festival, estime néanmoins que celui-ci a fait preuve d’une certaine naïveté à son égard. « Le FID n’a pas compris qu’il se trouvait sous une telle stratégie de menace, avance-t-il. Peut-être qu’ils auraient dû assumer un peu leur rôle dans un moment pareil»

L’artiste décrit une fatigue née d’une année de polémiques et de pressions. « Pendant un an, c’était mon film Oui qui était attaqué. Et là, d’un coup, c’était ma simple présence qui devenait inadmissible. Je me suis demandé : “Qu’est-ce qu’ils veulent exactement ? Que j’arrête de faire des films ? Que je quitte la France ? Jusqu’où ça va ?” »


Il pointe également l’aspect contreproductif des campagnes qui le visent : « Ce qui m’inquiète le plus, c’est de voir l’effet de cette stratégie d’intimidation sur les institutions culturelles. Beaucoup de festivals commencent désormais à éviter certains films ou personnes simplement par peur des polémiques. Et, paradoxalement, ceux qui prétendent vouloir attirer l’attention sur la Palestine produisent parfois l’effet inverse : les films disparaissent, les débats n’ont plus lieu et tout le monde se replie dans le silence. »

L’objet de la polémique, selon les protestataires, vient du fait que Nadav Lapid aurait accepté qu’une part du financement de Oui provienne du Israel Film Fund – entité indépendante assimilée par eux à l’Etat d’Israël. L’un des cinéastes frondeurs, qui ne souhaite pas être nommé, estime ne pas vouloir « participer à un festival aux côtés d’un cinéaste qui prend de l’argent de l’Etat israélien. Je sais que Nadav Lapid est critique de son pays, mais cela ne me suffit plus. Il y a trop de sang aujourd’hui. Trop de morts. Et il n’y a plus vraiment de place pour la nuance, parce que cette nuance a été écrasée par la situation elle-même»

« Le cinéma n’est pas une ambassade »

Narimane Mari, réalisatrice franco-algérienne, fait également partie de ceux qui ont tenu à retirer leur film. « On nous accuse de censurer un artiste, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit, dit-elle. Nous ne condamnons pas un être humain : nous refusons un modèle culturel et politique qui continue d’être entretenu. » Elle précise : « Ce n’est pas parce que Nadav Lapid est israélienMais, aujourd’hui, je ne peux plus entendre cette idée qu’on “lutte de l’intérieur”. Qu’est-ce que cela veut encore dire ? Dire qu’on est contre le génocide, très bien, mais pour moi cela ne suffit plus»

Familier du FID, le producteur Gaël Teicher est à la fois distributeur des films de Narimane Mari et éditeur du livre d’entretien Nadav Lapid. Description d’un combat (L’Œil, 2025), qui devait faire l’objet d’une séance de signature au FID. « Je ne pense pas que ce soit aux artistes de faire le travail des Etats, juge-t-il. Ce qui est frappant, c’est qu’en boycottant Nadav Lapid, certains cinéastes se boycottent aussi eux-mêmes. On finit par produire une logique d’autodestruction du milieu culturel. Or, Lapid est précisément quelqu’un qui s’est exilé pour des raisons politiques, qui répète partout qu’il y a un génocide à Gaza et dont les films sont parmi les plus critiques vis-à-vis d’Israël. »


A la suite de l’annonce de la sélection du festival, mercredi 4 juin, une tribune intitulée « Le cinéma n’est pas une ambassade », prenant la défense de Nadav Lapid, a commencé à circuler dans le milieu du cinéma. Déjà signée par des acteurs du monde du cinéma, comme les producteurs Saïd Ben Saïd et Judith Lou Lévy ou les cinéastes Stéphane Demoustier et Mati Diop, elle dénonce une « campagne d’intimidation » visant à « empêcher [l]a participation » du réalisateur israélien.

Face aux polémiques, Nadav Lapid ne ferme pas la porte à un dialogue, seule réponse possible selon lui face à l’impasse. « Evidemment que la question du boycott culturel est légitime, reconnaît-il. Pour moi, c’est une vraie discussion politique, sérieuse, importante. Encore faut-il l’avoir. » Concernant les artistes qui refusent de partager l’affiche du FID avec lui, il « refuse de considérer ces gens comme [s]es ennemis »« Je veux croire qu’ils ne sont pas antisémites, mais qu’au fond de leur comportement il y a surtout de l’impuissance, de la colère et une immense frustration face à l’inaction politique autour de GazaLe véritable enjeu, ce sont des sanctions politiques réelles contre l’Etat israélien, auxquelles je suis favorable depuis des années. » Reste à savoir si les festivals peuvent encore demeurer des lieux de discussion, ou s’ils sont condamnés à devenir des champs de bataille symboliques.

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