Parmi les romans, je privilégierais les œuvres littérairement solides plutôt que les ouvrages simplement « typiques » du romantisme :

  • Ludwig Tieck, Les Souffrances de Franz Sternbald (1798) — voyage d’un jeune peintre à travers l’Allemagne et l’Italie ; art, Moyen Âge, nature, errance. Un des romans fondateurs du mouvement.
  • Novalis, Henri d’Ofterdingen (1802, posthume) — probablement le roman le plus emblématique du romantisme allemand. Le fameux rêve de la fleur bleue, poésie, Moyen Âge et quête spirituelle.
  • Novalis, Les Disciples à Saïs (1798-99) — beaucoup plus bref et philosophique, presque un roman-poème autour de la nature et de ses secrets.
  • Joseph von Eichendorff, De la vie d’un vaurien (Aus dem Leben eines Taugenichts, 1826) — plus léger, mais très beau : errance, musique, paysages, château, forêt et sentiment romantique.
  • E.T.A. Hoffmann, Les Élixirs du diable (1815-16) — beaucoup plus sombre : hallucination, identité dédoublée, folie, religion et fantastique. Un grand roman du romantisme noir.
  • E.T.A. Hoffmann, Le Chat Murr (1819-21) — roman extrêmement singulier, fragmenté, ironique, mêlant l’autobiographie d’un chat à celle d’un musicien. Plus expérimental que « romantique » au sens pittoresque.
  • Clemens Brentano, Godwi (1801) — roman très étrange, hybride et fragmentaire, intéressant précisément parce qu’il fait éclater la forme romanesque.
  • Achim von Arnim, Les Gardiens de la Couronne (Die Kronenwächter, 1817-18) — Moyen Âge allemand, histoire, légende et fantastique ; probablement l’un des romans à retenir si votre intérêt va vers les Chevaliers teutoniques et l’imaginaire médiéval allemand.
  • Joseph von Eichendorff, Marbre et granit / La Statue de marbre (Das Marmorbild, 1819) — novella plutôt que roman, mais remarquable pour son atmosphère de rêve, de Moyen Âge et de fantastique.
  • Ludwig Tieck, Le Blond Eckbert (1797) — nouvelle, mais essentielle : forêt, secret, culpabilité, identité et fantastique romantique.

Si vous cherchez précisément le croisement entre romantisme allemand, Moyen Âge germanique, chevalerie et imaginaire des ordres militaires, la liste devient beaucoup plus intéressante : je ne retiendrais alors pas simplement les « classiques du romantisme », mais chercherais les œuvres où le Moyen Âge allemand est réellement une matière littéraire. C’est probablement plus proche de ce que vous recherchez avec les Chevaliers teutoniques.


Si l’on écarte les œuvres trop « conte fantastique », trop légères ou trop expérimentales, et que vous cherchez des romans sérieux du romantisme allemand, la liste est plus resserrée.

Je retiendrais surtout :

  • Novalis — Henri d’Ofterdingen (1802) : le grand roman romantique allemand. Inachevé, mais profondément construit autour de la poésie, du rêve, de la nature et de la quête spirituelle.
  • Ludwig Tieck — Les Souffrances de Franz Sternbald (1798) : roman d’apprentissage et d’artiste, avec une véritable ambition esthétique et historique.
  • E.T.A. Hoffmann — Les Élixirs du diable (1815-1816) : le plus sombre et peut-être le plus puissant. Identité, folie, religion, culpabilité, dédoublement. Un vrai roman, très construit.
  • E.T.A. Hoffmann — Le Chat Murr (1819-1821) : beaucoup plus ironique et formellement audacieux, mais c’est une œuvre majeure. Il faut accepter son dispositif très particulier.
  • Achim von Arnim — Les Gardiens de la Couronne (1817-1818) : roman historique et fantastique, avec une forte dimension politique et nationale.
  • Joseph von Eichendorff — De la vie d’un vaurien (1826) : plus court et plus simple, mais véritablement littéraire. Il représente la veine lyrique du romantisme tardif.
  • Clemens Brentano — Godwi (1801) : beaucoup plus difficile et irrégulier, mais intellectuellement intéressant si vous voulez voir le romantisme pousser le roman jusqu’à ses limites.

Et j’ajouterais deux œuvres qui ne sont pas exactement des romans au sens strict, mais qui me paraissent indispensables :

  • Eichendorff — La Statue de marbre (1819) : probablement l’une des meilleures portes d’entrée vers le romantisme allemand.
  • Novalis — Les Disciples à Saïs (1798-1799) : très bref, philosophique, presque métaphysique.

Si votre critère de « sérieux » signifie plutôt grande littérature, densité intellectuelle, pas de folklore romantique ni de gentille rêverie, je commencerais par Hoffmann, Novalis et Tieck, dans cet ordre selon que vous voulez respectivement le sombre, le philosophique ou le romanesque.

Par "Œuvres trop expérimentales", à quels livres penses tu ?


Je pensais surtout à des œuvres où le romantisme devient un travail très visible sur la forme, plutôt qu’à des romans simplement difficiles.

En particulier :

  • Clemens Brentano, Godwi (1801) : c’est le cas le plus évident. Le récit se fragmente, change de registre, mêle prose, poésie, chansons, récits enchâssés et commentaires. Le roman semble parfois se défaire sous nos yeux. Important historiquement, mais pas le meilleur choix si vous cherchez d’abord un roman solide et sérieux.
  • E.T.A. Hoffmann, Le Chat Murr (1819-1821) : construction volontairement disloquée, avec l’autobiographie du chat Murr interrompue par des fragments de la biographie du musicien Johannes Kreisler. C’est brillant, mais très artificiel et ironique.
  • Ludwig Tieck, Le Roman de Franz Sternbald (1798) : moins expérimental que les deux précédents, mais encore très marqué par le jeu romantique avec le roman d’artiste, les récits insérés et l’idéalisation du Moyen Âge. Je ne l’écarterais donc pas vraiment.
  • Novalis, Henri d’Ofterdingen : ici, je nuancerais ce que j’ai dit précédemment. Ce n’est pas « expérimental » au sens moderne. C’est plutôt un roman poétique et philosophique, volontairement éloigné du réalisme. Il est inachevé, mais c’est précisément l’un des livres que je conserverais si vous voulez comprendre le romantisme allemand dans sa forme la plus ambitieuse.

Il y a aussi Friedrich Schlegel, Lucinde (1799), que je n’avais pas cité. C’est probablement le cas le plus radical du premier romantisme : mélange de récit, fragments, réflexion esthétique, érotisme et manifeste littéraire. Très important historiquement, mais je ne vous le conseillerais pas en priorité si vous cherchez un « roman sérieux » au sens romanesque.

Donc, si je devais établir une frontière pour votre recherche :

À privilégier : Henri d’Ofterdingen, Les Élixirs du diable, Franz Sternbald, La Statue de marbre, Les Gardiens de la Couronne.

À réserver si vous voulez explorer les expériences formelles du romantisme : Godwi, Le Chat Murr, Lucinde.

Et il faudrait ajouter un nom très important que je n’ai pas encore mentionné : Jean Paul. Il est difficile à classer, mais ses romans (Siebenkäs, Hesperus, Titan) sont d’une tout autre ampleur et pourraient davantage correspondre à votre recherche de romans.


Merci, approfondis la liste de romans dits expérimentaux, justement cela peut m’intéresser


Oui. Et dans ce cas, je modifierais nettement la sélection : le premier romantisme allemand est justement passionnant lorsqu’il cesse de considérer le roman comme une forme stable. Il cherche à produire une littérature qui mêle récit, philosophie, poésie, autobiographie, critique, rêve et réflexion sur l’acte même d’écrire.

Je distinguerais plusieurs degrés d’expérimentation.

Les plus radicaux

Friedrich Schlegel — Lucinde (1799)
C’est probablement le point de départ incontournable. Schlegel détruit volontairement la séparation entre roman, essai, fragment et manifeste esthétique. Le récit amoureux est constamment interrompu par des réflexions sur l’amour, l’art, la littérature et la liberté. Le livre fut scandaleux à sa parution, notamment pour sa conception assez libre de la sexualité et du mariage.
→ À lire si vous voulez voir le romantisme inventer une autre conception du roman.

Clemens Brentano — Godwi (1801)
Encore plus déconcertant. Le livre commence comme un roman relativement conventionnel puis se transforme progressivement en objet littéraire hybride : récits dans le récit, poèmes, chansons, changements de narrateur, commentaires, ruptures de ton.
→ Probablement le roman romantique allemand qui correspond le mieux à l’idée de roman expérimental avant la lettre.

E.T.A. Hoffmann — Le Chat Murr (1819-1821)
Un dispositif génial : le chat Murr écrit son autobiographie, mais l’imprimeur a accidentellement mélangé ses pages avec celles de la biographie du musicien Johannes Kreisler. Les deux récits apparaissent donc alternativement.
→ Beaucoup plus ironique que Novalis, et étonnamment moderne dans sa façon de faire de la forme du livre elle-même un élément du récit.

Les romans où l’expérimentation est philosophique

Novalis — Henri d’Ofterdingen (1802)
Il ne faut surtout pas le réduire à la « fleur bleue ». Le roman cherche à transformer la narration en mythe philosophique. Le rêve, les contes, les conversations philosophiques et l’histoire de l’art y sont intégrés à une quête de la poésie comme principe permettant de réunifier le monde.
→ Moins expérimental formellement que Godwi, mais beaucoup plus ambitieux sur le plan métaphysique.

Jean Paul — Siebenkäs (1796-1797)
Très important et souvent insuffisamment rapproché du romantisme. Jean Paul pratique déjà une écriture faite de digressions incessantes, d’interruptions, de jeux avec le narrateur et de commentaires sur la littérature. Le héros possède même un double, Leibgeber.
→ Une influence considérable sur les romantiques.

Jean Paul — Hesperus (1795)
Encore plus volumineux et digressif. L’intrigue est constamment envahie par les réflexions, les souvenirs, les anecdotes et les jeux de narration.
→ Si vous aimez les romans qui semblent penser en même temps qu’ils racontent, c’est un auteur à explorer.

Jean Paul — Titan (1800-1803)
Plus ample et plus construit que Siebenkäs, mais toujours traversé par les digressions et les interventions du narrateur. Il possède quelque chose de presque pré-moderne dans son rapport à la construction romanesque.

L’expérimentation du récit fantastique

E.T.A. Hoffmann — Les Élixirs du diable (1815-1816)
Ici l’expérimentation porte moins sur la typographie ou la structure que sur la fiabilité du récit. Qui raconte ? Qu’est-ce qui est hallucination, rêve, possession ou réalité ? Le héros, le moine Médard, rencontre des doubles de lui-même et le récit devient progressivement impossible à stabiliser.
→ C’est à mon sens beaucoup plus qu’un roman fantastique : c’est une réflexion sur la constitution de l’identité par le récit.

E.T.A. Hoffmann — La Princesse Brambilla (1820)
Plus baroque et théâtral. Les frontières entre représentation et réalité deviennent poreuses.
→ Plus ludique que Les Élixirs du diable, mais extrêmement intéressant si vous cherchez les mécanismes de déstabilisation du récit.

E.T.A. Hoffmann — Le Petit Zacharie surnommé Cinabre (1819)
Une satire fantastique et politique. Moins « grand roman », mais remarquable par son mélange de conte, de satire sociale et de réflexion sur l’illusion.

Le roman d’artiste

Ludwig Tieck — Les Souffrances de Franz Sternbald (1798)
Je le maintiens dans la liste, mais avec une nuance : ce n’est pas un roman expérimental au même degré que Godwi. C’est plutôt un laboratoire du roman romantique d’artiste. Le voyage devient une structure permettant de multiplier les rencontres, les récits et les discussions sur l’art.

Joseph von Eichendorff — La Statue de marbre (1819)
Une œuvre beaucoup plus courte et maîtrisée. Le jeune Florio découvre une statue qui semble s’animer et entre dans un univers où le rêve, le désir et la réalité se confondent.
→ Très belle expérience du fantastique romantique sous une forme presque parfaite.

Et un livre particulièrement intéressant :

Heinrich von Ofterdingen

Je le séparerais des autres parce qu’il représente une conception presque théorique du roman. Novalis voulait faire du roman une sorte de « poésie universelle progressive » : une œuvre susceptible d’absorber tous les genres.

C’est exactement l’une des idées fondamentales du premier romantisme allemand : le roman n’est plus nécessairement un genre parmi les autres ; il peut devenir le lieu où tous les genres se rencontrent.

C’est pourquoi les romantiques allemands sont tellement importants pour l’histoire ultérieure du roman. On peut voir chez eux, avec presque un siècle d’avance, des procédés qui feront penser à Joyce, Musil, Broch, Arno Schmidt ou même certains romanciers postmodernes : récit interrompu par la réflexion, narrateur peu fiable, fragmentation, mise en abyme, mélange des genres, commentaire du livre par lui-même.

Si je devais vous constituer maintenant une liste d’une quinzaine de romans allemands expérimentaux, du romantisme jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle, je pourrais aussi élargir vers Hölderlin, Jean Paul, Büchner, Keller, Raabe et surtout les romans qui conduisent progressivement de Godwi et Lucinde à Musil. Ce serait une généalogie assez intéressante.





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j’avais  demandé à ChatGpt une liste de romans avec les chevaliers Teutoniques , la réponse ne m’a pas satisfait alors je lui ai redemandé u...