L’un rouvre ses portes après quatre ans de travaux : le théâtre des Amandiers, à Nanterre. L’autre, le Fresnoy, s’apprête à entamer un nouveau chapitre de son histoire avec l’arrivée d’une nouvelle directrice, Isabelle Gaudefroy, à compter du 2 février. Tous deux sont unis par une expérience du Nord – avant les Amandiers, Christophe Rauck dirigeait le Théâtre du Nord à Lille, tandis que l’école multimédia créée par le cinéaste et écrivain Alain Fleischer règne sur Tourcoing depuis la fin des années 90. Ils se sont donné rendez-vous cet hiver pour l’exposition «Morphogenèse. Tout est interaction» dans l’un des studios de répétition, transformé en boîte noire, au rez-de-chaussée des Amandiers fraîchement reconfigurés.
De ce double déplacement, géographique et historique, on aurait espéré qu’il se produise quelques étincelles. Mais le Fresnoy reste dans son sillon déjà bien rodé – bien huilé aussi, il faut le reconnaître, car le propos sur la «poétique des sciences» auquel se réfère l’exposition y est fluide, pédagogique et ouvre des horizons – quand cette extraordinaire école a façonné tant d’artistes au profil divers : des geeks mais pas que, si l’on pense aux cinéastes Justine Triet, Clément Cogitore, Mati Diop, à la vidéaste ouzbèke Saodat Ismaïlova ou encore aux plasticiens Bertrand Dezoteux, Giraud et Siboni qui ont un usage dévoyé des techniques.

L’ADN des lichens
Mais revenons donc en terre connue, du côté de la «morphogenèse», soit l’ensemble des processus qui donnent leur forme aux choses, marotte de l’équipe du Fresnoy qui excelle dans le domaine. L’exposition en offre un petit précipité : on y retrouve les paysages d’Hicham Berrada, plongées dans le microscopique, en l’occurrence l’ADN des lichens. En «régisseur d’énergies», Hicham Berrada entre dans des logiciels de biologie pour amplifier, contrarier ou recoloriser les cellules de ces végétaux. Même vertige d’échelle dans les créations de la Japonaise Momoko Seto qui s’est inspirée de la désertification accélérée de la mer d’Aral, victime d’une surexploitation du coton. Face aux conséquences irréversibles des activités humaines sur la planète Terre, certains cherchent des portes de sortie. Ou des abris.

Le parti de la poésie
C’est le cas de l’artiste chercheuse chinoise Yue Cheng qui a imaginé une biosphère. Tandis qu’Alain Fleischer préfère prendre le parti de la poésie. Après avoir observé les effets de dérèglements génétiques sur ses cactus, il s’amuse à déclencher d’équivalentes et drolatiques anomalies sur quantité d’objets : canapés, architectures… D’ailleurs, il existerait des structures communes entre les formes inertes, la pierre par exemple, et les formes vivantes. Dans ce même esprit, l’artiste iranienne Yosra Mojtahedi présente une sculpture de plâtre qui rappelle les marbres antiques. Sauf que robotisée et équipée de capteurs, la sculpture se contracte en présence d’autres corps humains. La dernière œuvre de l’exposition est la plus intrigante. Signée Eléonore Geissler, elle propose de revenir aux prémices du cinéma et d’aller lui chercher des racines du côté d’une histoire organique. Se souvenant avec Philippe-Alain Michaud et son essai sur le cinéma liquide, elle repêche une lointaine histoire de poisson revenu des abysses. Ses écailles photosensibles auraient imprimé l’histoire de l’humanité.
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