Pour Bach et les variations Goldberg etc il y a Glenn Gould, pour Satie je ne trouve pas d'èéuivalent d'un interprète indiscutable pour ses Gymnopedies etc , au sens donc intelligence absolue de l'interprétation .
Je crois qu’il faut se méfier de l’idée d’un « Glenn Gould de Satie ». Gould s’impose parce que Bach supporte une lecture extrêmement construite, analytique, parfois même autoritaire. Satie résiste davantage à cela. Sa musique repose sur une forme de retrait, de neutralité, de suspension du pathos. Dès lors, l’interprète idéal est souvent celui qui s’efface.
S’il fallait néanmoins citer quelques pianistes qui ont profondément compris Satie :
- Aldo Ciccolini reste probablement la référence historique. Il a enregistré l’intégrale du piano. Son jeu est clair, sans maniérisme, avec une élégance naturelle. Pour beaucoup de mélomanes et de musicologues, c’est le grand interprète de Satie.
- Jean-Joël Barbier offre une lecture plus intérieure, parfois plus étrange, plus proche du caractère énigmatique du compositeur.
- Pascal Rogé apporte davantage de raffinement sonore et de sensualité.
- Reinbert de Leeuw est peut-être le plus radical. Ses Gymnopédies et ses Gnossiennes sont extrêmement lentes, presque hypnotiques. Certains trouvent cela génial, d’autres insupportable.
Si votre critère est vraiment « l’intelligence absolue de l’interprétation », je serais tenté de distinguer deux cas.
Pour le Satie que l’on joue habituellement (Gymnopédies, Gnossiennes), Ciccolini est sans doute le plus équilibré : il ne surinterprète jamais et laisse apparaître l’architecture secrète de la musique.
Mais pour comprendre à quel point Satie est un compositeur moderne, étrange et presque métaphysique, Reinbert de Leeuw va plus loin. Quand on écoute ses Gymnopédies, on a parfois l’impression que le temps cesse de s’écouler. Il révèle quelque chose que d’autres pianistes laissent dans l’ombre.
Une formule de musicologue résume assez bien la situation : pour Bach, on cherche souvent le génie de l’interprète ; pour Satie, on cherche l’interprète capable de ne pas faire obstacle à la musique.
Si je devais vous recommander un seul disque pour commencer, ce serait l’intégrale d’Aldo Ciccolini. Si vous la connaissez déjà, alors essayez Reinbert de Leeuw : c’est probablement la lecture la plus intellectuellement stimulante jamais proposée de Satie.
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