De Dieppe (Seine-Maritime) à la Bretagne en passant par le monde entier, qu’il a arpenté, Pierre Le Gall saisit les derniers éclats du folklore, mais aussi les jolies surprises que réserve le réel le plus humble. Jusqu’au début de l’automne, le Festival Photo La Gacilly (Morbihan) met enfin en vedette ce professeur de français et de philosophie qui s’est toujours revendiqué comme un artisan de la photographie.

« Vers mes 20 ans, j’ai eu une révélation quasi mystique, pascalienne : le dieu de la photo, Henri Cartier-Bresson [1908-2004], m’est apparu dans une exposition au Havre, visitée par hasard, raconte-t-il depuis sa maison du Finistère. J’ai été saisi. Cela ne s’explique pas et c’est très bien ainsi, car j’ai ensuite toujours pratiqué la photo sans expliquer quoi que ce soit. » Lui qui initie ses élèves au pouvoir de la raison fait une exception : « Ne réfléchissez pas, jamais, quand vous photographiez. »

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Dans la foulée de sa découverte de Cartier-Bresson, Pierre Le Gall s’initie à la technique, en autodidacte. Il déniche un Pentax, avant de se mettre au Leica, comme son maître à penser. « J’ai tout de suite commencé à photographier les gens dans la rue, dans les foires, à l’instinct. Ce n’était pas très bon. Mais à force, j’ai vu que mes photos tenaient. » En trois ans, il a déjà réuni un beau corpus d’images, qu’il envoie en guise de dossier au prestigieux prix Niépce Gens d’images, « on ne sait jamais », dit-il. Et il le remporte, à 23 ans ! « C’était magique, une histoire à la Petit Prince. »

Rouen, Seine-Maritime, 1976.

L’agence Rapho le contacte. C’est là qu’il rencontre Robert Doisneau, « homme extraordinaire » : « J’ai été influencé par cette photographie humaniste, du quotidien, de l’anodin. Et, comme lui, je peux dire que j’ai appris la photo en lisant les notices qui sont à l’intérieur des boîtes. » A Cartier-Bresson, il emprunte son « approche de crabe ». « Ne jamais aborder les gens de front, toujours de côté, en évitant leur regard, décrit-il. Certains rapprochaient ma démarche de celle du torero, qui évite le taureau : je m’y retrouve, bien que j’abhorre la tauromachie. Mais j’ai aussi beaucoup travaillé dans des lieux où les gens me connaissaient, s’étaient habitués à moi, comme dans les cafés de Dieppe. » C’est dans ces rades d’habitués qu’il réalise ses premiers clichés, bientôt réunis dans un ouvrage qu’il diffuse de la main à la main, de café en café. « Au final, ça a marché du tonnerre, j’en ai vendu 2 000 exemplaires », s’amuse-t-il.

« Les petites gens »

Prix Niépce, agence Rapho… A-t-il envisagé d’abandonner l’éducation nationale pour embrasser la carrière de photographe ? Il répond avec un grand rire. « Je n’étais pas du tout doué pour répondre à des commandes. Quand Le Figaro m’a demandé de couvrir une manifestation, j’ai photographié les arrière-rangs, les petites gens, pas du tout les têtes de cortège. Bref, c’était inexploitable ! Je suis un photographe des côtés, des gestes un peu bizarres, pas du sensationnel. J’aime quand les gens sont un peu en difficulté, cela permet qu’ils ne soient pas conformes aux canons de la représentation. » A aucun moment il n’a regretté ce choix professionnel. Ses « copains des agences se sont gâté l’œil »,assure-t-il. « Dès les premiers jours de vacances, ils lâchaient leur appareil alors que moi, j’étais toujours en vacances, je ne quittais pas mon Leica. »

Carantec, Finistère, 2012.

Né au Vietnam, élevé au Havre, devenu breton par amour pour son épouse, Marie-José, à ses côtés depuis cinquante-six ans, Pierre Le Gall a réalisé ses plus beaux clichés en Bretagne, « cette terre d’authenticité ». Les paysans, les pêcheurs, les traditions : « J’ai photographié des choses qui ont complètement disparu. »

Des images qu’il a publiées dans une soixantaine de livres. « A prix modiques, toujours, j’y tiens, pour que les gens qui sont sur les photos puissent les acheter. J’appartiens à une génération attachée à la tradition du livre. Et puis c’est si gratifiant de rencontrer tous ces gens qui les ont acquis. Les gens du coin, ce sont eux qui ont fait mon succès. Souvent, j’en ai les larmes aux yeux, à rencontrer des personnes parfois très simples qui sont touchées par mes images, sans forcément avoir les mots ».


Humain, très humain », de Pierre Le Gall, Festival Photo La Gacilly (Morbihan), rue Saint-Vincent, jusqu’au 4 octobre, festivalphoto-lagacilly.com
Paris, 1984.
Plougasnou, Finistère, 1982.
Saint-Guénolé, Finistère, 1987.
Saint-Jean-du-Doigt, Finistère, 1974.
Penhors, Finistère, 1979.


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