Steven Spielberg, réalisateur de « Disclosure Day » : « Sur la question des objets volants non identifiés, rien ne m’échappe »

Dans un entretien au « Monde », le cinéaste américain revient sur l’évolution de sa pensée et de ses croyances concernant les extraterrestres.

Presque cinquante ans après Rencontres du troisième type (1977), et plus de quatre décennies après E.T., l’extra-terrestre (1982), Steven Spielberg signe Disclosure Day, long-métrage qui remet à l’ouvrage l’un des grands thèmes de son œuvre : les extraterrestres. Pour le cinéaste, ces trois films constituent les trois actes d’une histoire qui a toujours posé la même question. A savoir : que ferions-nous face à une présence extraterrestre ?

Dans la bande-annonce de « Disclosure Day », on entend : « Une menace a été lancée de révéler au grand public des documents gouvernementaux longtemps restés confidentiels. » Récemment, Barack Obama a déclaré qu’il pourrait exister des extraterrestres. Donald Trump a promis de rendre publics des dossiers détenus par l’Etat américain au sujet d’une présence extraterrestre. Le Pentagone a créé un nouveau site, War.gov/UFO. Vous êtes, j’imagine, familier avec tous ces développements ?

Et comment ! Ce site, comme tout le reste, fait partie des choses que je suis à la loupe. Sur la question des objets volants non identifiés (ovnis), rien ne m’échappe.

Diriez-vous qu’un « disclosure day » – un jour de révélation sur les extraterrestres – est pour bientôt ?

Non. Pas tout de suite. Un véritable disclosure day consisterait à nous révéler une vérité cachée depuis au moins huit décennies. Un véritable disclosure day signifie nous annoncer qu’« ils » sont là, et ont été présents depuis plusieurs générations. Un authentique disclosure day devra aussi produire une imagerie incontestable, avec des preuves visuelles signifiant que nous ne sommes pas seuls dans l’univers. Pour être le plus précis possible, cela ne s’est pas encore produit. C’est ce que j’appellerais une « rencontre du troisième type ».

Lorsque vous tourniez, en 1976, « Rencontres du troisième type », vous expliquiez au « Washington Post » que le gouvernement américain se trouvait assis sur une masse considérable de documents relatifs à la présence d’extraterrestres. Pourquoi ressentiez-vous les choses ainsi à l’époque ?

Je croyais aux croyants. Plusieurs cas m’avaient frappé : des témoins qui avaient été enlevés, qui avaient vu des objets non identifiés au-dessus de leur tête dans des lieux jamais traversés par un avion, qui plus est, des objets volants se déplaçant dans un silence absolu, un phénomène absolument inconnu. Il n’existe aucune technologie permettant à un avion de voler sans le moindre bruit. Ce n’est simplement pas possible.

J’ai lu énormément de livres, j’ai lu une quantité de rapports issus du projet Blue Book, une commission mise en place par l’US Air Force en 1952 afin d’étudier et d’enquêter sur des témoignages concernant le phénomène des objets volants non identifiés. L’un des scientifiques civils du projet, J. Allen Hynek [1910-1986], qui avait conclu à la réalité du phénomène des objets volants non identifiés, est devenu plus tard mon conseiller technique sur Rencontres du troisième type. Je ne dirais pas à propos de ce film qu’il s’agit de science-fiction, mais de « science-spéculation ». J’ai dû inventer un genre, et c’était il y a quarante-neuf ans. Mon point de vue a changé depuis.

De quelle manière ?

Avec l’invention du smartphone, n’importe qui, même un gamin, peut se trouver témoin d’un phénomène aérien hors du commun et le filmer. Dans les années 1960 et 1970, il fallait se contenter d’un témoignage produit devant des policiers ou des journalistes. Je peux vous garantir que, depuis le début du XXIe siècle, nous n’avons jamais disposé d’autant de preuves visuelles.

Celles-ci ne sont pourtant guère accessibles…

Soyez patient ! Le Congrès a enfin commencé à prendre ce phénomène au sérieux, en raison de lanceurs d’alerte, au sein de l’US Navy ou de l’US Air Force. Beaucoup de gens au sein du plus haut niveau de renseignement sortent du guet car la possible existence de vaisseaux extraterrestres constitue aussi une menace potentielle pour notre sécurité intérieure et réclame une enquête serrée. Des auditions ont été menées à Capitol Hill, la Commission permanente sur le renseignement de la Chambre des représentants des Etats-Unis en a conduit en 2023, ce qui a été, à mon sens, l’avancée la plus marquante sur la connaissance des ovnis jamais réalisée dans mon pays. C’est à ce moment précis que j’ai commencé l’écriture de Disclosure Day.

Que se passerait-il s’il se produisait un authentique « disclosure day » ?

C’est une question que je me pose depuis si longtemps. Ce serait un facteur de perturbation. Beaucoup d’individus en sortiraient fracassés. Mais une partie le vivrait très bien. C’est une réalité qu’ils accepteraient avec facilité, d’autant plus que nous sommes beaucoup à nous y être préparés tout au long de notre existence.

Vous avez réalisé plusieurs films sur les extraterrestres. Parfois d’un point de vue « scientifique », comme pour « Rencontres du troisième type », ou alors sur un plan métaphorique, avec « La Guerre des mondes » (2005), l’attaque extraterrestre sur la Terre s’inscrivait alors dans un contexte post 11-Septembre. Dans « Disclosure Day », où plane la menace d’un conflit mondial, vous conciliez les deux approches.

Disclosure Day est un film de synthèse. Rencontres du troisième type est le premier acte, E.T., le deuxième, et mon nouveau film, le troisième. Ces trois films posent une même question : que ferions-nous face à une présence extraterrestre ? Dans Rencontres du troisième type, il y a rencontre, mais pas de choc ontologique, le secret reste maintenu, l’existence d’une civilisation extraterrestre demeure confidentielle. Dans E.T., la créature qui se retrouve dans la maison d’Elliott est perdue et seule. Ce garçon auquel son père manque tant se retrouve à devoir assumer la responsabilité d’un être vulnérable. C’est un film sur la sauvegarde d’une famille. Dans Disclosure Day, c’est encore autre chose : il est question de révéler une vérité au monde entier.

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